Par le Frère Raphaël Steck - Mission gallicane en Alsace - Couriel: mission.alsace@gallican.org

** Dimanche 3 novembre 2003, au sanctuaire du Sacré-Coeur de Clérac, le Frère Raphaël Steck a été ordonné diacre pour la Mission gallicane en Alsace.


En ces mois qui voient la fondation d'une paroisse gallicane en Alsace, partons ensemble à la rencontre des premiers chrétiens de notre région, afin de mieux comprendre la Foi qui nous anime.

Il est à croire que l'Histoire est un éternel recommencement, car comme pour le siège apostolique de Bordeaux et pour les chrétiens d'Ethiopie, certaines autorités ont modifié l'histoire des chrétiens d'Alsace en occultant les origines apostoliques. L'histoire actuelle fait de Saint Amand le créateur du diocèse au quatrième siècle.

De ce saint nous ne savons rien. Par contre nous savons que Saint Materne, évêque et disciple de Saint Pierre a évangélisé l'Alsace avant de s'installer à Trèves.

Saint Materne

Les anciennes traditions, confirmées par de nombreux théologiens dont Saint Pierre-Canisius, nous apprennent que Materne était le fils ressuscité par Jésus, de la veuve de Naïm (Luc 7,11-17).

Ayant suivi Saint Pierre dans ses pérégrinations, celui-ci l'envoya dans les régions du nord. C'est alors qu'il rencontra ses deux disciples Euchère et Valère. Un jour Materne, arrivant en Alsace dans l'importante cité romaine de Ehl, épuisé par ses périples, s'endormit dans la paix du Seigneur. Ses disciples ne pouvant se résoudre à sa disparition prirent le chemin de Rome, allèrent voir Pierre dans sa prison, et celui-ci leur donna son bâton pastoral. Ils revinrent en Alsace, le déposèrent sur le corps et Materne ressuscita.

Tous trois arpentérent l'Alsace, évangélisant la population et construisant des lieux de cultes. Nous connaissons celui de Ehl et aussi celui que nous pouvons encore voir de nos jours à Avolsheim prés de Molsheim: c'est le petit sanctuaire appelé Dompeter (Domus-Petri ou Maison de Saint Pierre). Cette église vénérable est ombragée par un très ancien tilleul sous lequel, la tradition veut que l'évêque Materne y ait prêché et ait été arrosé par l'eau de la source Sainte Pétronille, portant le nom de la fille de Saint Pierre. Cette église a servi pendant tout le Moyen Age d'église-mère pour toutes les localités environnantes.

Il est facile de penser que Materne et ses disciples ne sont pas partis en Allemagne sans avoir laissé derrière eux un clergé pour continuer la mission commencée et l'église d'Avolsheim (ou une autre) a peut-être été plus qu'une simple église et peut-être une église épiscopale pour le siège apostolique fondé par Materne. Ce qui justifierait la construction du baptistère que nous voyons encore à un peu moins d'un kilomètre de là.

Un ancienne tradition veut aussi qu'il ait construit l'actuelle église Saint Pierre le Vieux à Strasbourg. On ne peut donc accréditer la thèse actuelle, mais bien considérer Materne comme l'apôtre et le fondateur du siège épiscopal d'Alsace.

Après il n'y a en effet aucune trace de vie chrétienne, mis à part Saint Amand, soi-disant fondateur du diocèse en 390, et ses hypothétiques successeurs. Ces incertitudes religieuses sont liées aux incertitudes politiques de l'époque. N'oublions pas que c'est la période qui voit la déchéance de l'empire romain et les invasions barbares. L'Alsace sera pendant de nombreuses années sous la domination des Alamans et de leur hérésie arienne. Tout cet imbroglio historico-religieux durera jusqu'en 550, année qui verra l'accession au siège épiscopal de l'évêque Arbogast.

Les Rois Mérovingiens

Cette période est une des grandes phases de l'histoire de l'Alsace. La région est un lieu de prédilection pour les rois mérovingiens. N'oublions pas que de nombreux historiens situent le site de la Bataille de Tolbiac dans l'actuel Kochersberg au nord-ouest de Strasbourg, cette bataille, dont Clovis avait promis à sa femme Clotilde qu'il se convertirait au Dieu des Chrétiens si celui-ci lui donnait la victoire.

La tradition veut que cette promesse eût été prononcée au château du Frankenbourg entre Strasbourg et Colmar.

Ne manquez pas d'aller vous promener au Frankenbourg, il se trouve au dessus du village de Neubois. En plus de faire une visite historique, vous y ferez un pèlerinage. En effet la Vierge-Marie est apparue plusieurs fois au 19 ème siècle sur le sentier et on y trouve un beau chemin de croix, une chapelle et la source.

Les rois mérovingiens, que l'on qualifie à tort de rois fainéants, aimaient tellement l'Alsace qu'ils y installèrent deux palais. Un au commencement du Kochersberg à Kircheim-Marlenheim et un dans l'actuel faubourg strasbourgeois de Koenigshoffen dont la traduction signifie "Palais du Roi".

Saint Arbogast

C'est vers 540, que le prêtre Arbogast vint en Alsace. Ce jeune prêtre originaire d'une famille noble d'Aquitaine fut sûrement un disciple de Saint Léonce 1er, Primat d'Aquitaine et successeur du Patriarche Saint Martial sur le siège apostolique de Saint André. Il reçut de ses mains le sacerdoce. La concordance des dates nous montre qu'il eut pour condisciple Saint Léonce le Second, neveu de Léonce 1er et qui deviendra le successeur de son oncle en 549. Cet évêque marqua, avec son épouse Sainte Placidine, à jamais le diocèse de Bordeaux et toute l 'Aquitaine.

Comme Léonce se sanctifia dans le mariage, Arbogast choisi l'ascétisme et, arrivé en Alsace, il se retira comme ermite dans la Sainte Forêt de Haguenau. Dans cette forêt, où ont vécu des centaines d'ermites, se trouve encore une chapelle à l'endroit de l'ermitage d'Arbogast et à l'ombre de son chêne.

Sa réputation de sainteté fut telle que le roi l'appela comme évêque de Strasbourg, l'Histoire n'ayant pas retenu le nom de son consécrateur.

Saint Arbogast, qui deviendra patron et protecteur de l'Alsace, construisit la première cathédrale de Strasbourg, sur un ancien temple païen et la dédia à Notre Dame (l'actuelle - qui nous domine de ses 142 mètres - se situe au même emplacement) ainsi que le premier monastère alsacien, à Surbourg, en lisière de la Sainte Forêt et le consacra à Saint Martin.

Les chrétiens en Alsace célébraient sûrement une liturgie datant des premiers temps apostoliques et Arbogast amena sans doute avec lui la liturgie gallicane. En mourant il souhaita être enterré sur la Montagne Saint Michel, lieu où l'on déposait les cadavres des criminels. Plus tard cela deviendra un lieu de pèlerinage, jusqu'à la dispersion des reliques par la Réforme. Aujourd'hui la chapelle de la Clinique Sainte Barbe est située en ce lieu.

Vu les liens spirituels qui unissent la province d'Aquitaine et la province d'Alsace, il est facile de comprendre maintenant pourquoi il est normal pour des chrétiens alsaciens, attachés aux traditions de leurs pères, de se joindre à l'Eglise Gallicane et à son siège apostolique d'Aquitaine. La relève de Saint Arbogast fut prise par l'évêque Florent, moine celte et ermite, ainsi que par de nombreux missionnaires celtes, dont les plus connut sont Saint Colomban et Saint Gall.

L'Alsace chrétienne à donc connu, pour sa renaissance spirituelle, deux courants, l'un gallican et l'autre celte; et il est tout a fait normal de mettre en évidence les deux courants, pour la création de notre paroisse gallicane en Alsace en souvenir du siège Apostolique de Saint Materne.


Sommaire