Baignes, Haut-lieu gallican et où fut fondée, dit-on, par Charlemagne, l’abbaye bénédictine de Saint Etienne, vers 769. Baignes fusionna en 1855 avec la commune de Sainte Radegonde.

Vers 1870, l’un des opposants à l’ultramontanisme fut obligé de s’y réfugier dans une misérable cabane en planche. C’était l’Abbé Michon, un historien connu pour sa bonté et sa grande érudition. On lui doit de nombreux ouvrages sur le gallicanisme. Sa misère prit fin le jour où il mit au point la science graphologique.

Dans l’article suivant le Père Raphaël Steck approfondit la vie et l’oeuvre de l’Abbé Michon.


Je reviens aujourd’hui sur l’impressionnante personnalité de celui que l’on peut considérer à juste titre comme le théoricien du gallicanisme au 19ème siècle, l’Abbé Jean-Hyppolite Michon. Des recherches récentes à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, m’ont permis de trouver de nombreux renseignements inédits, avec lesquels je vais essayer de compléter l’article paru sur le même sujet dans le numéro de juillet 1984 du journal Le Gallican.

Jean-Hyppolite Michon est né le 21 janvier 1806 à Laroche près Feyt en Corrèze. Ce petit village du pays d’Eygurande est à 172 kilomètres à l’ouest de notre paroisse de Valeille et à 150 kilomètres de Saint Amand Roche Savine premier siège épiscopal de Monseigneur Giraud.

Le père de Jean-Hyppolite assurait les fonctions de tailleur dans le village, mais il devait souvent s’embaucher comme journalier dans les fermes tant son travail ne lui permettait pas de nourrir les siens. Son enfance se passa donc dans ce petit village de Corrèze jusqu’au jour où un notaire apprit à la famille qu’un oncle leur avait légué une maison à Angoulême. C’est donc en Charente qu’il fera ses humanités et où ses professeurs, détectant une intelligence remarquable, le dirigeront vers le sacerdoce.

Sa formation aura lieu à Angoulême et surtout à Paris au Séminaire de Saint Sulpice fondé deux cent ans au plus tôt par le vénérable Monsieur Olier. C’est un clerc forgé dans la spiritualité sulpicienne que Mgr l’Evêque d’Angoulême ordonnera au Sacerdoce le 17 Août 1830.

Une tornade fondatrice

Aussitôt nommé dans des petites paroisses des Charentes, il veille à l’enseignement des jeunes des campagnes. Trait de caractère qui reviendra tout au long de sa vie, ne pas laisser les gens dans les ténèbres du non-savoir. C’est dans ce but qu’il fonde le collège de garçons des Thibaudières qui en moins de deux ans aura cent cinquante élèves.

Pour les jeunes filles il envisage de créer une congrégation féminine et c’est à ce moment que - se rappelant le coup de foudre qu’il eut durant ses promenades de jeunesse pour ce coin de campagne - il rachète les ruines de l’Abbaye Saint Gilles de Puypéroux, reconstruit les bâtiments et y fonde la Congrégation de Notre Dame des Anges pour l’éducation des campagnes.

Mais les fondations coûtent cher et le soutien épiscopal qui devait transformer le collège en petit-séminaire n’arrive pas. En 1842, les problèmes financiers obligent le collège à déménager à La Valette durant les vacances. Cela sera vain, la rentrée d’Octobre n’aura jamais lieu, l’évêché décidant de la mise en faillite.

Seule la Congrégation survivra à son fondateur, sans doute à cause du désengagement très rapide de celui-ci et à l’autonomie prise par les sœurs. Sous prétexte de faillite, on ne veut plus donner de paroisse à notre jeune curé qui se retrouve prêtre libre.

Le Prosper Mérimée des Charentes

Son statut de prêtre libre lui permet de se lancer dans une autre passion qui est l’archéologie. Il commence donc une œuvre gigantesque, le recensement de tous les sites archéologiques ou historiques de la région et il consigne tout cela dans un recueil : "Les Statistiques Monumentales de Charente".

Déjà dans ce livre il étudie le site de Chassenon et c’est là qu’il va se baser entre 1844 et 1845, où en tant que président de la société d’Archéologie des Charentes, il entreprend les fouilles de Cassinomagus. Découvrant ainsi une des plus importantes villes romaines de l’ouest de la France et il y trouve le Palais (en vérité les thermes), un amphithéâtre, un temple, des bains et même le puits où l’on jetait les restes des sacrifices d’animaux.

Mais la Charente n’est pas son seul lieu de prédilection. En effet, en 1850 et 1851 il part en voyage et visite tour à tour, la Palestine et ses lieux saints, puis le Liban, la Grèce… Selon la mode de l’époque il ramène une grande quantité de souvenirs, pris directement sur les lieux de fouilles. Cette sorte de "pillage" se terminera dans les années 1930-40 avec les procès faits par le Cambodge à André Malraux, tenté, lui aussi, de chaparder quelques objets de fouilles. Il stockera toutes ses trouvailles dans son petit cabanon, "une sorte de petite serre accolée à un gros rocher" qu’il a fait bâtir sur les ruines du château des Seigneurs de Montausier, dans le village où son frère s’est installé comme docteur : Baignes-Sainte Radegonde. C’est là que désormais il passera la belle saison, en vivant comme ermite; ses hivers se dérouleront à Paris ou Bordeaux.

Théoricien du Gallicanisme ou Prophète de l’Eglise des temps nouveaux

En rentrant de voyage il fonde la "Presse Religieuse", qui se transforme vite en "l’Européen", journal d’opposition au très ultramontain "Univers" de Louis Veuillot.

Dans son journal il développe des idées très nouvelles aussi bien politiquement que religieusement, comme l’édition d’une Vie de Jésus et surtout le projet d’une Bible Œcuménique (projet qui verra le jour cent ans plus tard). Mais là où ressort la grandeur de sa vision prophétique, c’est dans son œuvre littéraire. Ainsi en 1863, il édite son premier roman : "Le Maudit", où il raconte la vie d’un jeune prêtre toulousain aux idées d’ouverture et de liberté, l’Abbé Julio de la Claverie, poursuivi par la haine et la cupidité des jésuites; ceux-ci iront jusqu’à le faire interdire et enfermer sa sœur dans un couvent des états du Vatican.

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Dans ce livre comme dans les suivants, il forme l’idée d’une Eglise catholique où l’on vit et respire l’Evangile à plein temps. Plus particulièrement dans le troisième tome, on voit le pauvre prêtre allant de déchéance en déchéance dans le diocèse de Paris et même se réunir avec d’autres prêtres pour créer un journal libéral.

Même si l’on peut y voir une autobiographie, une autre chose saute aux yeux. On découvre en lisant cela les évènements marquants que vivra vingt ans plus tard un autre jeune prêtre : l’Abbé Jules Houssaye. Personnellement je suis sûr qu’il a lu ce livre et que cela ne lui a pas échappé puisqu’après avoir rompu avec l’Eglise Romaine, il prit le surnom d’Abbé Julio. Abbé Julio Houssaye, grand thaumaturge, qui sera le consécrateur de Mgr Giraud en 1911.

Le "Maudit" n’est pas le seul livre de l’Abbé*** (signature du Père Michon). Il y aura par la suite : la Religieuse, le Moine, les Jésuites, les Mystiques…

En parallèle, il entretient des relations avec des prêtres qui eux sont entrés dans la rébellion. Ainsi en 1871, lors de la proclamation à Rome de l’absurde dogme de l’infaillibilité pontificale, des prêtres bordelais se révoltent immédiatement. Deux chanoines de la cathédrale Saint André, les chanoines Junqua et Mouls, entrent en conflit avec le Cardinal Donnet et partent pour Bruxelles afin de fonder une Eglise catholique indépendante. Dans un article récent, j’ai pu lire que le Père Michon, qui était aussi chanoine de Bordeaux a soutenu ses amis au point de vouloir les suivre à Bruxelles. Mais il abandonnera le projet pour s’installer définitivement à Baignes. Le chanoine Mouls poursuivra son ministère en Belgique et l’Abbé Junqua reviendra à Bordeaux affronter les fureurs du cardinal et fondera la paroisse Saint Jean Baptiste de la rue de Vertheuil. Tout en étant indépendant d’esprit et ses livres mis à l’Index, l’Abbé Michon ne passera jamais la frontière de la liberté, préférant vivre sa vie dans l’étude.

L’inventeur de la graphologie

Le 4 septembre on le voit à Baignes en train de proclamer l’avènement de la Troisième République. Les habitants lui proposent le poste de maire, il le refuse. Mais il reste dans le village, puisque la vente de ses livres et notamment ceux traitant de sa dernière découverte lui ont permis de remplacer son cabanon par une belle maison bourgeoise, ressemblant fort à un château.

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Mais pas un château normal, un vrai château de conte de fée où il a réuni toutes ses découvertes. Une magnifique curiosité architecturale où il vécut, et où il peaufina la science qu’il étudie depuis quelques années : la graphologie.

L’Abbé Michon découvrit cette science lorsqu’il dirigeait le collège des Thibaudières. Un collègue à lui, l’abbé Flandrin, lui avait expliqué comment il décelait les aptitudes intellectuelles chez ses élèves en examinant leur écriture. Jean-Hyppolite y travaillera sa vie entière. Grâce à l’argent d’une tante, il éditera un premier livre : "Le Système de Graphologie"; et un "Journal de l’Autographe" paraîtra fréquemment.

L’engouement que suscitera ces parutions fournira enfin des revenus honorables à notre prêtre, mais aussi et surtout l’encouragera à continuer ses recherches. Les livres se succèdent. En 1880 il organise un colloque dans son château et en janvier 1881 il créé la Société Française de Graphologie. En mars 1881, il inaugure la statue de la République à Baignes et s’éteindra la même année en n’ayant jamais cessé de célébrer sa messe tous les matins à 8h30.

On pourrait croire qu’il avait perdu la Foi avec tout cela. Bien au contraire, il consacra tout à Dieu en cherchant à connaître l’Homme dans son histoire et dans sa psychologie. N’a t-il pas tout simplement cherché à rencontrer l’image de Dieu ? Beau témoignage de son abandon à Dieu; la phrase gravée sur la façade du château et qui fut sa devise : "Jetez vos pensées dans le Christ".

Les souvenirs encore existant

- Laroche près Feyt (19) : On peut voir sa maison natale, visiter la maison de la graphologie et boire un café au "Graphologue" un petit bar du village.

- Chassenon (16) : visiter les ruines du site de Cassinomagus.

- Puypéroux (16) : à voir l’Abbaye Saint Gilles, dont les dernières sœurs sont parties au mois de septembre dernier, le bâtiment vient d’être repris par la Maison Familiale et Rurale de Charente.

- Baignes (16) : Le château de Montausier qui est en restauration, le village qui a vu vivre le Père Michon et sa tombe au cimetière.

Bibliographie :

- Actes du Colloque de la Société d’Archéologie de Charente, année 1981, à Baignes pour le centième anniversaire de la mort de l’Abbé Michon.

- Le "Maudit" par l’Abbé Michon 1863.

- Diverses Notices biographiques sur Internet : tapez "Abbé Michon" sur votre moteur de recherche.

Dans le cimetière de Baignes, la tombe de l’Abbé Michon porte l’inscription suivante : Abbé J. H. Michon - Ecrivain - Archéologue - Graphologue 1806 - 1881. Une rue de Baignes porte son nom.


Cathmerideum

Ce fut le premier nom de la cité de Baignes, d’origine celte. Les romains s’y établirent et les fouilles ont permis d’y retrouver les vestiges de leur présence : statues, lampes, etc. Puis Cathmerideum devint Béania : la cité de Benoît qui se transforma en Baignes.

Si vous visitez notre paroisse gallicane du Sacré-Coeur de Clérac en Charente-Maritime, vous pouvez ensuite facilement vous rendre à Baignes. C’est seulement à une vingtaine de kilomètres.


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