Je reviens aujourdhui sur limpressionnante personnalité de celui que lon peut considérer à juste titre comme le théoricien du gallicanisme au 19ème siècle, lAbbé Jean-Hyppolite Michon. Des recherches récentes à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, mont permis de trouver de nombreux renseignements inédits, avec lesquels je vais essayer de compléter larticle paru sur le même sujet dans le numéro de juillet 1984 du journal Le Gallican.
Jean-Hyppolite Michon est né le 21 janvier 1806 à Laroche près Feyt en Corrèze. Ce petit village du pays dEygurande est à 172 kilomètres à louest de notre paroisse de Valeille et à 150 kilomètres de Saint Amand Roche Savine premier siège épiscopal de Monseigneur Giraud.
Le père de Jean-Hyppolite assurait les fonctions de tailleur dans le village, mais il devait souvent sembaucher comme journalier dans les fermes tant son travail ne lui permettait pas de nourrir les siens. Son enfance se passa donc dans ce petit village de Corrèze jusquau jour où un notaire apprit à la famille quun oncle leur avait légué une maison à Angoulême. Cest donc en Charente quil fera ses humanités et où ses professeurs, détectant une intelligence remarquable, le dirigeront vers le sacerdoce.
Sa formation aura lieu à Angoulême et surtout à Paris au Séminaire de Saint Sulpice fondé deux cent ans au plus tôt par le vénérable Monsieur Olier. Cest un clerc forgé dans la spiritualité sulpicienne que Mgr lEvêque dAngoulême ordonnera au Sacerdoce le 17 Août 1830.

Aussitôt nommé dans des petites paroisses des Charentes, il veille à lenseignement des jeunes des campagnes. Trait de caractère qui reviendra tout au long de sa vie, ne pas laisser les gens dans les ténèbres du non-savoir. Cest dans ce but quil fonde le collège de garçons des Thibaudières qui en moins de deux ans aura cent cinquante élèves.
Pour les jeunes filles il envisage de créer une congrégation féminine et cest à ce moment que - se rappelant le coup de foudre quil eut durant ses promenades de jeunesse pour ce coin de campagne - il rachète les ruines de lAbbaye Saint Gilles de Puypéroux, reconstruit les bâtiments et y fonde la Congrégation de Notre Dame des Anges pour léducation des campagnes.
Mais les fondations coûtent cher et le soutien épiscopal qui devait transformer le collège en petit-séminaire narrive pas. En 1842, les problèmes financiers obligent le collège à déménager à La Valette durant les vacances. Cela sera vain, la rentrée dOctobre naura jamais lieu, lévêché décidant de la mise en faillite.
Seule la Congrégation survivra à son fondateur, sans doute à cause du désengagement très rapide de celui-ci et à lautonomie prise par les surs. Sous prétexte de faillite, on ne veut plus donner de paroisse à notre jeune curé qui se retrouve prêtre libre.
Son statut de prêtre libre lui permet de se lancer dans une autre passion qui est larchéologie. Il commence donc une uvre gigantesque, le recensement de tous les sites archéologiques ou historiques de la région et il consigne tout cela dans un recueil : "Les Statistiques Monumentales de Charente".
Déjà dans ce livre il étudie le site de Chassenon et cest là quil va se baser entre 1844 et 1845, où en tant que président de la société dArchéologie des Charentes, il entreprend les fouilles de Cassinomagus. Découvrant ainsi une des plus importantes villes romaines de louest de la France et il y trouve le Palais (en vérité les thermes), un amphithéâtre, un temple, des bains et même le puits où lon jetait les restes des sacrifices danimaux.
Mais la Charente nest pas son seul lieu de prédilection. En effet, en 1850 et 1851 il part en voyage et visite tour à tour, la Palestine et ses lieux saints, puis le Liban, la Grèce Selon la mode de lépoque il ramène une grande quantité de souvenirs, pris directement sur les lieux de fouilles. Cette sorte de "pillage" se terminera dans les années 1930-40 avec les procès faits par le Cambodge à André Malraux, tenté, lui aussi, de chaparder quelques objets de fouilles. Il stockera toutes ses trouvailles dans son petit cabanon, "une sorte de petite serre accolée à un gros rocher" quil a fait bâtir sur les ruines du château des Seigneurs de Montausier, dans le village où son frère sest installé comme docteur : Baignes-Sainte Radegonde. Cest là que désormais il passera la belle saison, en vivant comme ermite; ses hivers se dérouleront à Paris ou Bordeaux.
En rentrant de voyage il fonde la "Presse Religieuse", qui se transforme vite en "lEuropéen", journal dopposition au très ultramontain "Univers" de Louis Veuillot.
Dans son journal il développe des idées très nouvelles aussi bien politiquement que religieusement, comme lédition dune Vie de Jésus et surtout le projet dune Bible cuménique (projet qui verra le jour cent ans plus tard). Mais là où ressort la grandeur de sa vision prophétique, cest dans son uvre littéraire. Ainsi en 1863, il édite son premier roman : "Le Maudit", où il raconte la vie dun jeune prêtre toulousain aux idées douverture et de liberté, lAbbé Julio de la Claverie, poursuivi par la haine et la cupidité des jésuites; ceux-ci iront jusquà le faire interdire et enfermer sa sur dans un couvent des états du Vatican.

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Dans ce livre comme dans les suivants, il forme lidée dune Eglise catholique où lon vit et respire lEvangile à plein temps. Plus particulièrement dans le troisième tome, on voit le pauvre prêtre allant de déchéance en déchéance dans le diocèse de Paris et même se réunir avec dautres prêtres pour créer un journal libéral.
Même si lon peut y voir une autobiographie, une autre chose saute aux yeux. On découvre en lisant cela les évènements marquants que vivra vingt ans plus tard un autre jeune prêtre : lAbbé Jules Houssaye. Personnellement je suis sûr quil a lu ce livre et que cela ne lui a pas échappé puisquaprès avoir rompu avec lEglise Romaine, il prit le surnom dAbbé Julio. Abbé Julio Houssaye, grand thaumaturge, qui sera le consécrateur de Mgr Giraud en 1911.
Le "Maudit" nest pas le seul livre de lAbbé*** (signature du Père Michon). Il y aura par la suite : la Religieuse, le Moine, les Jésuites, les Mystiques
En parallèle, il entretient des relations avec des prêtres qui eux sont entrés dans la rébellion. Ainsi en 1871, lors de la proclamation à Rome de labsurde dogme de linfaillibilité pontificale, des prêtres bordelais se révoltent immédiatement. Deux chanoines de la cathédrale Saint André, les chanoines Junqua et Mouls, entrent en conflit avec le Cardinal Donnet et partent pour Bruxelles afin de fonder une Eglise catholique indépendante. Dans un article récent, jai pu lire que le Père Michon, qui était aussi chanoine de Bordeaux a soutenu ses amis au point de vouloir les suivre à Bruxelles. Mais il abandonnera le projet pour sinstaller définitivement à Baignes. Le chanoine Mouls poursuivra son ministère en Belgique et lAbbé Junqua reviendra à Bordeaux affronter les fureurs du cardinal et fondera la paroisse Saint Jean Baptiste de la rue de Vertheuil. Tout en étant indépendant desprit et ses livres mis à lIndex, lAbbé Michon ne passera jamais la frontière de la liberté, préférant vivre sa vie dans létude.
Le 4 septembre on le voit à Baignes en train de proclamer lavènement de la Troisième République. Les habitants lui proposent le poste de maire, il le refuse. Mais il reste dans le village, puisque la vente de ses livres et notamment ceux traitant de sa dernière découverte lui ont permis de remplacer son cabanon par une belle maison bourgeoise, ressemblant fort à un château.

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Mais pas un château normal, un vrai château de conte de fée où il a réuni toutes ses découvertes. Une magnifique curiosité architecturale où il vécut, et où il peaufina la science quil étudie depuis quelques années : la graphologie.
LAbbé Michon découvrit cette science lorsquil dirigeait le collège des Thibaudières. Un collègue à lui, labbé Flandrin, lui avait expliqué comment il décelait les aptitudes intellectuelles chez ses élèves en examinant leur écriture. Jean-Hyppolite y travaillera sa vie entière. Grâce à largent dune tante, il éditera un premier livre : "Le Système de Graphologie"; et un "Journal de lAutographe" paraîtra fréquemment.
Lengouement que suscitera ces parutions fournira enfin des revenus honorables à notre prêtre, mais aussi et surtout lencouragera à continuer ses recherches. Les livres se succèdent. En 1880 il organise un colloque dans son château et en janvier 1881 il créé la Société Française de Graphologie. En mars 1881, il inaugure la statue de la République à Baignes et séteindra la même année en nayant jamais cessé de célébrer sa messe tous les matins à 8h30.
On pourrait croire quil avait perdu la Foi avec tout cela. Bien au contraire, il consacra tout à Dieu en cherchant à connaître lHomme dans son histoire et dans sa psychologie. Na t-il pas tout simplement cherché à rencontrer limage de Dieu ? Beau témoignage de son abandon à Dieu; la phrase gravée sur la façade du château et qui fut sa devise : "Jetez vos pensées dans le Christ".
- Laroche près Feyt (19) : On peut voir sa maison natale, visiter la maison de la graphologie et boire un café au "Graphologue" un petit bar du village.
- Chassenon (16) : visiter les ruines du site de Cassinomagus.
- Puypéroux (16) : à voir lAbbaye Saint Gilles, dont les dernières surs sont parties au mois de septembre dernier, le bâtiment vient dêtre repris par la Maison Familiale et Rurale de Charente.
- Baignes (16) : Le château de Montausier qui est en restauration, le village qui a vu vivre le Père Michon et sa tombe au cimetière.
Bibliographie :
- Actes du Colloque de la Société dArchéologie de Charente, année 1981, à Baignes pour le centième anniversaire de la mort de lAbbé Michon.
- Le "Maudit" par lAbbé Michon 1863.
- Diverses Notices biographiques sur Internet : tapez "Abbé Michon" sur votre moteur de recherche.
Dans le cimetière de Baignes, la tombe de lAbbé Michon porte linscription suivante : Abbé J. H. Michon - Ecrivain - Archéologue - Graphologue 1806 - 1881. Une rue de Baignes porte son nom.

Ce fut le premier nom de la cité de Baignes, dorigine celte. Les romains sy établirent et les fouilles ont permis dy retrouver les vestiges de leur présence : statues, lampes, etc. Puis Cathmerideum devint Béania : la cité de Benoît qui se transforma en Baignes.
Si vous visitez notre paroisse gallicane du Sacré-Coeur de Clérac en Charente-Maritime, vous pouvez ensuite facilement vous rendre à Baignes. Cest seulement à une vingtaine de kilomètres.