Le Sonus Gallican - Un trésor de l'ancien rite des Gaules

Par le Père Raphaël Steck de la Mission d'Alsace

De récentes recherches historiques et théologiques nous montrent que l’ancienne liturgie gallicane faisait en fait partie d’une famille liturgique que nous pouvons appeler rite occidental non-romain. Ce rite est comme un tronc commun d’où se propagent les différentes branches liturgiques telles que les liturgies gallicanes, celtiques, mozarabes, ambrosiennes… Ces liturgies se sont fondées sur une base commune, mais en y additionnant des traditions et des prières propres à leurs particularismes locaux. Ce qui est intéressant, c’est que ce particularisme se retrouve aujourd’hui dans les différentes restaurations menées au cours du 20ème siècle et encore célébrées par quatre Eglises dont la nôtre. Une unité de Foi, une base commune mais des rites et des pratiques différentes. C’est la richesse de l’Eglise du Christ au 21ème siècle comme aux premiers temps de l’Evangélisation de l’Occident.

Nous savons aussi maintenant que le rite occidental a été grandement inspiré par les liturgies orientales et nous pouvons même localiser plusieurs sources. Premièrement l’Eglise d’Ephèse avec les disciples de Saint Jean l’Evangéliste et de Saint Polycarpe de Smyrne : Saint Pothin et Saint Irénée de Lyon ; et deuxièmement l’Afrique du Nord par les nombreux liens tissés par les moines du Désert Egyptien et les monastères de Gaule, d’Irlande et d’Ecosse.

C’est dans ces sources orientales que nous avons puisé un texte de toute beauté : Le Sonus Gallican ou chant d’offertoire pour la liturgie gallicane.

1. Que toute chair humaine se taise
Dans la crainte et le tremblement
Eloignons les pensées terrestres,
Car de sa main, bénissant,
Le Christ-Dieu sur terre descend
Pour recevoir notre hommage.

2. Roi des rois, mais fils de Marie
Seigneur, des seigneurs, mais humain;
Comme autrefois sur la terre
Par Son Corps et par Son Sang
Il donne à tous les fidèles
Sa Personne en nourriture.

3. Rang par rang, les hôtes des cieux
Déploient leurs légions devant Lui.
Quand vient la Lumière des lumières
Pour le Royaume des derniers jours
Les pouvoirs de l’enfer disparaissent
Comme les ténèbres se fondent.

4. Les Séraphins aux six ailes,
Les chérubins aux yeux multiples
Voilent leur face en Sa Présence
Et s’écrient sans cesser:
Alléluia! Alléluia!
Alléluia! Dieu Très-Haut

Cet hymne du IVème siècle fut composé pour accompagner la procession des offrandes dans l’antique liturgie de Saint Jacques et tous auront remarqué la similitude des textes entre ce chant et la préface de la messe de Gazinet qui est de la même provenance. Si nous lisons "l’Exposition de la Messe gallicane" de Saint Germain, l’évêque de Paris nous apprend que dans la liturgie de l’Eglise des Gaules, la procession des offrandes revêtait une grande solennité à l’instar de la "Grande Entrée" des liturgies orientales. Ce qui est encore plus intéressant c’est que sans nous dire exactement les paroles du chant qu’il appelle Sonus, il nous indique qu’il se termine par trois alléluia pour représenter les trois états du monde : avant la loi mosaïque, sous cette loi et sous la grâce. A ce jour, deux chants d’offertoire se terminant ainsi nous sont parvenus : le Cheroubikon de la liturgie byzantine et ce chant de la liturgie jacobite. Comment savoir alors lequel des deux fut chanté en Gaules à partir du VIème siècle et sûrement à l’instigation de Saint Césaire d’Arles qui dans son sermon CCLXXXIV sur l’Epiphanie, se réjouit de l’adhésion des fidèles au nouveau rite d’offertoire et de leur participation par le chant. Tradition qui sera généralisée peu après la mort de Césaire en 554 lors du 5ème concile d’Arles. Comment donc savoir lequel des deux chants fut utilisé en Gaules ? En lisant tout simplement le texte. Dans le chant ci-dessus, il est fait mention de l’Apocalypse de Saint Jean dans le quatrième couplet. L’Apocalypse fut utilisée abondamment dans les liturgies gallicanes alors que l’orient byzantin ne l’utilise pas. Nous pouvons donc affirmer en confiance l’utilisation de ce chant durant les messes du rite des Gaules et notre Mission d’Alsace en rétablit l’usage durant l’Offertoire depuis septembre 2006. La version que nous utilisons est une traduction française d’après la traduction du grec vers l’anglais faite en 1864 par le Père Gérard Moultrie, prêtre anglican. La musique dite Picardy ou Romancero est une très vieille mélodie française datant sans doute de 1650 et ayant servie à mettre en musique de nombreux textes profanes ou sacrés comme la traduction française du Pange Lingua de la procession du Jeudi Saint et de l’Adoration de la Croix du Vendredi Saint. Nous en profitons ici pour remercier les moines du Monastère de la Sainte Présence à Saint Dolay dans le Morbihan de nous avoir appris cette mélodie.

Pour approfondir cette étude voici les références bibliques utilisées dans ce chant. Le premier couplet est inspiré du Livre d’Habaquq chapitre 2 verset 20. Le second couplet est inspiré du chapitre 6 verset 51 de l’évangile de Saint Jean. Le troisième couplet est toujours inspiré de Saint Jean au premier chapitre versets 5 et 9. Enfin le quatrième couplet est tiré des premiers versets du chapitre 6 d’Isaïe, du chapitre 4 verset 8 de l’Apocalypse et du chapitre 19 versets 1 à 9 de l’Apocalypse.

Source :

L’Ancienne Liturgie Gallicane du Père Jean Baptiste Thibaut – Maison de la Bonne Presse
La Liturgie Oubliée du Mathieu Smyth aux Editions du Cerf


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