La plus grande figure de l'Aquitaine entre le Moyen-Age et la Renaissance

Au commencement, un petit berger du Médoc qui étudie et qui prie en gardant ses moutons.

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Natif de la paroisse Saint Pierre d'Avensan, plus précisément du petit village de Saint Raphaël, "au milieu de la Lande", à dix kilomètres de l'église d'Avensan, fils de pauvre laboureur de ce lieux, l'enfant étonne ses parents et son entourage.

Chapelle de Saint Raphaël - Médoc

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Il s'en va seul apprendre à lire et à écrire auprès d'un maître écrivain retraité: Raymond de Bruges.
Le vieillard se prend d'affection pour l'enfant dont il devine la valeur, les parents ne se montrent pas hostiles à cette instruction. Le petit Pierre (Pey en patois de Gironde) veut devenir prêtre. Qu'à cela ne tienne ! Il va à Bordeaux où il suit le cours d'études auquel l'ont préparé les leçons de Raymond de Bruges puis part pour l'université de Toulouse. Il fait de si grands progrès qu'il surpasse bientôt tous ses compagnons et attire sur lui l'admiration de ses maîtres.

Promu bachelier en droit canon, ordonné prêtre en 1400, il revient à Bordeaux où l'archevêque François connaissant son mérite le prend comme secrétaire. Le jeune Pey participe avec son archevêque au concile de Pise 1409 qui, face à la querelle des papes réaffirme les principes du gallicanisme (suprématie du concile sur le pape).

L'archevêque de Bordeaux venant à succomber (1412), Pey Berland accomplit un pèlerinage à Jérusalem (1413) puis revient à Bordeaux où il est nommé curé de Bouliac, sur la rive droite de la Garonne, non loin de Bordeaux. Son pastorat y est remarquable, Pey Berland réenseigne à ses paroissiens à vivre une vie mystique et charitable. Son dévouement est reconnu par tous, c'est un prêtre très apprécié. Il allie une profonde science des Ecritures, des qualités de diplomate et une charité exemplaire.
De fait il devient chanoine de la cathédrale Saint André de Bordeaux, en 1419 il est nommé secrétaire du chapitre et le 28 juin 1427 le chapitre nomme Pey Berland adjoint au trésorier de la cathédrale.

Sa juridiction de curé à Bouliac englobe un vaste territoire: Bouliac au sommet, la Garonne pour base, entre Lormont et Quinsac. Il est ainsi curé doyen d'un canton rural dont Bouliac est le chef-lieu et les deux autres paroisses - Lormont et Quinsac - les succursales.

Election Episcopale

Le siège de l'Archevêque venant à vaquer avec le décès de David de Montferrand le 31 mai 1430, des ambitieux tentent de briguer la mitre d'Aquitaine et le titre de métropolitain de Guyenne. Dans le trouble de plusieurs compétiteurs puissants qui aspirent à cette dignité le chapitre élit - quoique contre son gré - le membre qui lui fait le plus d'honneur: Pey Berland.

Les élections des évêques par le clergé et les fidèles sont la survivance de l'ancienne discipline ecclésiastique des premiers siècles. La profession de Foi de notre Eglise réaffirme cette vérité au temps de Mgr Giraud: - "Celui qui doit commander à tous doit être élu par tous." (Profession de Foi de Gazinet - 1945).

C'est dans la fonction de la charge épiscopale que Pey Berland fait paraître avec plus d'éclat les qualités de son âme. Sa vie se passe à défendre la Foi, à aider les pauvres et à faire régner partout l'entente et la tolérance.

Les chroniques de son temps nous révèlent qu'il fonde et entretient un hôpital à Saint Seurin. Partout il distribue d'abondantes aumônes, ce qui lui vaut le surnom de père des pauvres. Il accueille les indigents qui vivent dans son palais archiépiscopal et mange avec eux. Son aumônier est chargé d'aller par toute la ville de Bordeaux s'informer des nécessités des prisonniers, des familles incommodées, des veuves et des orphelins que notre archevêque secourt sur ses biens propres. Il visite son diocèse, instruit lui-même durant les visites, administre les sacrements et fait réparer les églises abîmées par la guerre entre les français et les anglais.

Un Contexte Difficile

A ce sujet soulignons que l'épiscopat de Pey Berland - contemporain de Jeanne d'Arc - se déroule durant une période mouvementée issue de la guerre de cents ans. L'Aquitaine est sous domination anglaise et les combats contre les troupes françaises de Charles VII ne sont pas rares. Les destructions sont nombreuses comme le sont le nombre de morts, de veuves, d'orphelins. La peste fait aussi de temps en temps des ravages.

Néanmoins la province d'Aquitaine jouit d'une meilleure situation que le reste du territoire français. Le protectorat anglais y est intelligent, il respecte les us et coutumes locales. Pey Berland aime ce régime à la fois démocratique et libéral. C'est un républicain avant la lettre, dans la meilleure acceptation du terme: il ne veut être sujet ni du roi de France ni du roi d'Angleterre. L'archevêque ne se sent ni français ni anglais d'origine, mais aquitain ou gascon si l'on préfère.

Evêque sous un régime gouvernemental qui tient beaucoup plus d'une république fédérative que de la monarchie, il travaille sans relâche à défendre l'autonomie, les franchises, les libertés, le sol du pays bordelais contre les ambitions de Charles VII.

L'Université de Bordeaux

"Mon peuple a été conduit en captivité parce qu'il n'avait point de science".

Pey Berland prend cette phrase d'Isaïe (V-13) pour exposer la nécessité de donner une solide instruction aux prêtres et aux fidèles. Il crée l'université catholique de Bordeaux en 1441 (fermée par la révolution française en 1793) puis le collège Saint Raphaël en 1442.

C'est un visionnaire; il devance de près d'un siècle le décret de réformation du concile de trente pour l'établissement des "pépinières de jeunes clercs" sorte de "petit séminaire" avant la lettre, et dont notre Institut Saint Jean Gerson essaie de maintenir l'esprit.

Sceau de l'ancienne Université de Bordeaux

La Pragmatique Sanction de Bourges

Pour ceux qui n'auraient pas prêté attention aux dates rappelons qu'il se passe quelque chose de très important en 1438 et 1439. Charles VII, le roi rétabli par Sainte Jeanne d'Arc veut restaurer à Bourges les principes gallicans que le Roi Saint Louis avait affirmés dans une première Pragmatique Sanction.

Pey Berland est convoqué à ce concile où le Roi le fait asseoir à sa gauche (seconde place d'honneur) pour les cérémonies d'ouverture. Restaurant les antiques Traditions et Libertés de l'Eglise Gallicane le concile de Bourges s'ouvre le 1er mai 1438. Editée le 7 juillet, la Pragmatique est votée le 17 octobre 1439. 1440 est l'année de sa publication.

La Pragmatique Sanction limite au profit du pouvoir royal les droits de la cour de Rome en matière de nomination aux évêchés et aux abbayes, de perception des revenus ecclésiastiques d'appel, d'excommunications ou d'interdits. Le concile général est reconnu supérieur au Pape, les élections des Evêques et des Abbés sont rétablies. Par ce texte le roi donne à la France un statut de pur esprit gallican.

L'an 1439, c'est aussi le temps du concile de Bâle. Le 16 mai 1439, l'archevêque d'Arles qui présidait la trente-troisième session du concile de Bâle, soutenu par les archevêques de Tours et de Lyon, et par le docteur parisien Thomas de Courcelles, fit publier trois décrets déjà minutés dans les congrégations précédentes. Ce fut l'évêque de Marseille, Louis de Glandève qui les prononça. Ils étaient conçus en ces termes:
Premier décret - C'est une vérité de la Foi catholique, déclarée par le concile de Constance, et par le présent de Bâle, que la puissance du concile général, est supérieure au pape.
Deuxième décret - C'est une vérité de la Foi catholique que le pape ne peut en aucune façon dissoudre, transférer ni proroger le concile général représentant l'Eglise universelle, à moins que le concile n'y consente.
Troisième décret - On doit regarder comme hérétique quiconque contredit les deux vérités précédentes.

La Tour Pey-Berland

Ces années 1438-1439-1440 sont celles d'un renouveau religieux bienvenu dans la ville de Bordeaux et dont la célèbre tour Pey Berland veut être le symbole.

"Toi qui admire cette tour à la base échiquée, sache qu'ayant été commencée sous d'heureux auspices, le six des calendes d'octobre 1440 (26 Septembre), elle prolonge ses fondements jusqu'à la prise d'eau de la fontaine qui jaillit tout auprès. La première pierre a été posée par Pey Berland, archevêque de Bordeaux dont le peuple se glorifie d'âge en âge".

Si nous avons mis 26 Septembre entre parenthèse c'est que Pey Berland vivait encore sous le calendrier julien.

Nous pouvons lire cette inscription sur la plaque commémorative gravée en caractères gothiques et encastrée à la façade nord de la tour, jusqu'à la hauteur de la porte d'entrée, côté droit. Il nous reste à l'expliquer.

Que pouvaient bien être ces "heureux auspices" ?

Il semble y avoir dans ce texte beaucoup de leçons à tirer... Les évêques de cette époque ne dédaignaient pas d'étudier les présages avant de décider d'une construction et sans doute auraient-ils haussé les épaules en voyant "L'Osservatore Romano" de notre époque condamner en bloc toute étude astrologique.

Mais nul besoin de partir dans de grands calculs. L'édification de la tour Pey Berland est simplement celle du monument d'un Bordeaux gagné à la Pragmatique Sanction des évêques gallicans de Bourges.

Un homme Universel

Ambassadeur à Londres, membre du Conseil Ducal de Guyenne, négociateur des trèves et des traités de paix avec l'ennemi, chancelier de l'Université, etc, Pey Berland est à son époque la Providence visible de l'Aquitaine.

Ayant été prié par les trois états de Guyenne d'aller en Angleterre en 1443 pour y représenter l'état de la province et demander du secours, il entreprend pour l'amour des siens et de sa région cette ambassade assez épineuse.

L'année 1448 nous montre un trait de bravoure assez piquant chez notre archevêque alors septuagénaire.
L'évêque de Périgueux - Elie de Bourdeille - favorable à Charles VII, avait été enlevé par un groupe d'anglais lors d'une tournée pastorale. Leur intention était de l'emmener prisonnier à Libourne, puis de l'envoyer à Londres. Malgré son dévouement au roi d'Angleterre Henri VI, allié des gascons, Pey Berland n'était pas homme à tolérer une violation du droit des gens, un acte d'injustice ou de violence, d'où qu'ils viennent. Il y avait ici une question de principe qui devait primer toute autre considération.
C'est pourquoi, apprenant qu'on emmenait captif son suffragant, il monte à cheval, et, suivi de plusieurs cavaliers il va à la rencontre des soldats anglais, vers Saint Denis de Pile. Il fond sur les ravisseurs avec impétuosité délivrer son collègue et le conduit lui-même à Libourne, sans qu'ils tentent de le reprendre.
Tel était le courage, telle était la noblesse d'âme de Pey Berland.
Après quelques heures de repos l'archevêque retourne à Bordeaux où l'évêque devient son hôte, jusqu'à ce que des jours plus calmes lui permettent de rentrer à Périgueux.

Vinrent les heures tristes de la reddition de Bordeaux, en 1453. Là encore, l'autorité morale, le charisme de Pey Berland apportent une touche de modération et d'humanité dans la signature des traités où l'Aquitaine est livrée aux partisans de Charles VII.

Enfin, se voyant chargé d'années et de travaux, des infirmités lui ôtant le moyen de vaquer comme il eut souhaité à la fonction de sa charge, Pey Berland fait cession de son archevêché l'an 1456 et se retire dans son collège de Saint Raphaël qu'il avait fondé.

C'est le 17 janvier 1458 qu'il rend son âme à Dieu. Il demande dans son testament de distribuer ses biens en trois parts: les pauvres, les personnes en prison et les filles à marier.
Toute la ville accourt en foule à la mort de cet homme de Dieu. Son corps est porté avec grande pompe dans la cathédrale Saint André et est enseveli derrière le maître autel joignant le tombeau de Saint Macaire.
On lit dans le testament de Pey Berland: "Je veux que la sépulture de mon pauvre corps soit faite dans la susdite Eglise de Bordeaux, mon épouse, devant la chapelle de Saint Blaise, et contre l'Armarium où repose le très sacré Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la partie extérieure" (c'est à dire derrière l'autel).

Depuis le jour de sa sépulture on ne cesse d'accourir en foule; des miracles s'opèrent. Aussi, la reconnaissance publique, devançant le jugement de Rome décerne-t-elle au saint prélat un culte populaire et spontané dont nous pouvons encore trouver trace dans les archives départementales de la Gironde.
Dès 1464 l'Eglise de Bordeaux décide de la canoniser. De toute façon, si Rome fait hélas, la sourde oreille, la Foi populaire a parlé: "Si platz à Diu, à la berge Maria et à Mosseu Pey Berland" disent les prières du temps.
Dans les actes du saint: le pardon à un voleur auquel il donne les objets dérobés pour lui éviter la prison... Du voleur repenti il devait faire plus tard l'un de ses meilleurs prêtres.

Nous avons écrit plus loin que dès la mort de Pey Berland de nombreux miracles eurent lieu sur son tombeau. Doù la naissance d'un culte populaire qui fit rassembler toutes les reliques, vêtements, objets qui lui étaient usuels. Ses sceaux furent particulièrement l'objet d'une forte vénération. L'un d'eux était vénéré dans la Chapelle Saint Raphaël dont on faisait neuf fois le tour pour obtenir certains miracles.

Médaille dite de Pey Berland - Conservée en la Chapelle de Saint Raphaël - Médoc

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51ème Archevêque et Primat d'Aquitaine sur le Siège Apostolique établi par Saint André lors de son apparition à Saint Martial et à Saint Fort.
Né le 15 juillet 1370 - Rappelé à Dieu le 17 Janvier 1458
Sa fête est célébrée chaque 17 Janvier en l'Eglise Gallicane qui toujours a gardé le souvenir que sa vie se passa à défendre la Foi, à aider les pauvres et à faire régner partout l'entente et la tolérance.

En 1928 le Patriarche de notre Eglise Gallicane ne veut pas que l'on freine le culte de ce grand Saint. Sa Béatitude Mgr Giraud signale à la dévotion des fidèles ce saint d'origine populaire qui connut la misère et les persécutions.
On invoque Saint Pey pour les pauvres, les prisonniers, la réussite des mariages, les maladies des os, les rhumatismes, arthroses, les maladies des étables (chèvres et brebis).
Louis XI, puis Charles VIII ont fait montre d'une grande dévotion pour Pey Berland faisant porter à Rome la très longue liste des miracles qui se firent sur sa tombe ou qui furent obtenus par son intercession.


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